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Samedi 28 mai 2005

Marianne Kasthow, après quelques années d’une vie de bohème, se retire en 1958 dans le Chiapas mexicain pour – dernière chance qu’elle se donnera en peinture – essayer de réaliser une version picturale de Cosmos de Gombrowicz. Comprenant qu’elle ne mènera jamais cette dernière tentative à son terme, lasse, fatiguée de ces années d’errance et d'illusions, elle décide de rentrer en France chez son père, Pierre Kasthow, ophtalmologiste à Lyon. C’est quelques jours après son retour qu’elle apprend qu’elle est enceinte. Etienne naît le 15 avril 1960 ; de père inconnu. Entre un grand-père attentif et une mère souvent absente, l’enfance d'Etienne est taciturne : c’est un petit garçon boudeur, facilement capricieux. Renfermé aussi : les proches se rappellent un enfant peu sociable et peu lié, préférant les jeux solitaires de construction aux aventures de groupes. C’est un enfant qui montre aussi un intérêt et une intelligence étonnement précoces de la fiction (1). En septembre 1977, élève remarquable, Etienne est admis  en hypokhâgne au Lycée du Parc. Cependant, si les humanités le passionnent, il refuse finalement d'intégrer l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm pour s'inscrire à l'Architectural Association School of Architecture de Londres. À la sortie de l'école, il fonde le groupe [a-] avec Louise Carlyle et William Eton. David Lynch, qui a remarqué son travail lors d’une exposition de projets architecturaux alternatifs, invite Etienne à participer à la réalisation de son film Wild at Heart (1990) (2). Sur le tournage Etienne rencontre Isabella Rossellini, avec laquelle il noue une brève relation amoureuse. C’est l'actrice qui le fait connaître et l'introduit dans les cercles mondains. Mais Etienne dédaigne rapidement cette vie. En 1994, il décide de changer d’existence et disparaît pendant presque sept ans. De cette période on ne sait rien, si ce n'est cette rencontre décisive avec l'homme à l'accent espagnol (3) qui le décide à écrire. Phénomènes climatiques parait en septembre 2001 ; roman qui vaut immédiatement à l’auteur une reconnaissance et une notoriété internationale.

 

1. « Etienne se porte à merveille. Je l’écoute parfois, en secret, jouer dans le petit salon. Il invente des histoires extravagantes où chacun de nous trouve sa place. Il y mêle aussi les dernières personnes rencontrées, un nom que j’ai prononcé devant lui, des personnages qu’il a retenus de ses lectures. L'espace et les lieux sont aménagés de la même manière. Et le temps aussi. C’est fascinant. »
Lettre datée du 8 mars 1966, de Pierre Kasthow à sa fille Marianne, reproduite par Philippe Lejeune dans Genèse des Phénomènes climatiques, Paris, Éditions du seuil, 2004, p.145.

3. David Lynch, Wild at Heart, d'après le roman de Barry Gifford Wild at Heart, The Story of Sailor and Lula, musique originale d'Angelo Badalamenti, avec Nicolas Cage (Sailor Ripley), Laura Dern  (Lula Pace Fortune), Diane Ladd  (Marietta Pace), Willem Defoe (Bobby Peru), Isabella Rossellini (Perdita Durango) et Harry Dean Stanton (Johnnie Farragut), production Polygram/Propaganda, 1990.
2. « - Vous évoquiez une rencontre inattendue, l’homme à l'accent espagnol…
- Oui. Un coup de téléphone, un soir. Il m’a donné un rendez-vous dans un bar. A Bastille. J’y suis allé, par curiosité. Il m’a reconnu tout de suite et m’a fait signe de m’asseoir. Je ne me souviens pas de son visage. C’est son accent qui m’a marqué. Et son attitude. Il m’a regardé et il a dit : «  Qu'est-ce que raconter ! » Il s’est levé et il est parti. Ca a été très bref, mais ça m’a bouleversé. C’est comme si ça avait dérapé. Quelque chose s’est ouvert. Une irruption. Quelque chose comme ça. Je n’avais jamais pensé écrire. »
Interview accordée au journal Le Monde, 17 février 2003.

Paul Bregnac, "L'homme à l'accent espagnol dans Phénoménes climatiques d'Etienne Kasthow", intervention au colloque Hantologie : spectralité de la figure dans le récit de fiction, organisé par l'université Paris-Sorbonne (Paris VI) et le Center for Hermeneutical Studies de l'université de Berkeley, Sorbonne, 12-14 avril 2004.

Par winckler
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Samedi 4 juin 2005

Durant l'automne 1930, l’entreprenant et courageux Otto Schmidt, originaire de Prusse orientale, s’installe au Puy-en-Velay pour y développer un négoce de graines et, pourquoi pas, un comptoir d’exportation de lentilles vertes. Un soir, quelques jours après son arrivée, il bouscule, au hasard d’une ruelle de la vieille ville, une jeune et belle brune à la voix chaude, Elena. Elena et sa mère, récemment veuve, ont rejoint, voilà trois mois, des parents installés dans la région. Entre Otto et Elena, c’est immédiatement le coup de foudre. Leur union est prononcée six mois plus tard, et le 15 août 1931 naît Adèle. L’enfance d'Adèle est sans histoire. La petite fille est studieuse, enjouée et vive, profondément généreuse et altruiste aussi. Ainsi gagne-t-elle la sympathie et l’amitié tant de ses camarades de classe que des soeurs de l’institution religieuse où elle suit sa scolarité. Héritant de son père la blondeur et la distinction germanique, et de sa mère un tempérament de feu, Adèle ne tarde pas à provoquer le désir. Elle devient, malgré elle, l’objet de fantasmes secrets et pervers, que nourrit son improbable accent germano-ibérique. C’est avec la jeune religieuse qui dirige l’étude, sœur Marie-Josèphe, de trois ans son aînée, que Adèle connaît, à l’âge de quinze ans, ses premiers émois. Si Adèle découvre alors les plaisirs spontanés et naïfs du corps, elle intuitionne aussi clairement l’attraction qu’elle exerce sur les femmes. Mais, et même si elle préfère la délicatesse et la ferveur des êtres de son sexe, Adèle apprécie les assauts virils. En 1947, comprenant que la jeune fille  n’est pas faite pour une existence provinciale, l’abbé Paul de R. qui, dès sa nomination dans une paroisse avoisinante l’année précédente, a bénéficié des attentions d'Adèle, recommande sa protégée à son arrière grande cousine, la très parisienne Princesse de P. C’est la princesse elle-même qui introduit directement Adèle auprès de Gabrielle Chanel. Mademoiselle est séduite : Adèle est engagée comme modèle. Elle connaît rapidement une carrière éblouissante qui l’amène à fréquenter le tout Paris ; le monde l’adopte aussi facilement qu’elle lui offre ses faveurs. Lors d’une soirée elle rencontre l'étonnante Apoline Nextway ; les deux femmes deviennent très vite d'intimes amies (1). Avec Apoline, Adèle partage son lit et l’ambition ; et les hommes aussi. Mais un événement tragique vient, irrémédiablement, briser l’ascension de la jeune femme. C’est lors d’une présentation de modèles qu'Adèle se prend l’escarpin dans un long foulard de crêpe de soie ivoire, et dégringole les célèbres escaliers de la rue Cambon. Le diagnostique est terrible et sans appel : fracture de la cheville droite ; Adèle boitera toute sa vie. Malgré les soins que Gabrielle Chanel lui  prodigue, Adèle, abattue, s’enfonce dans une dépression insondable. Mais son existence rebondit alors qu'elle passe un été en compagnie de Gabrielle dans la propriété d'une amie de celle-ci. Adèle découvre la joie et l’intérêt d’être auprès des enfants. Pendant ce séjour elle apprécie s'occuper de deux bambins : elle aime les accompagner en promenade, leur lire d'inextricables aventures, et parvient même à leur enseigner les rudiments des langues allemande et espagnole. Elle vit un été magnifique, c'est une révélation et Adèle décide de poursuivre dans cette voie. Et c'est grâce à une lettre de recommandation de l'amie de Gabrielle, qu'elle occupe son premier poste de gouvernante trois mois plus tard. La phobie des mouches, qu'elle a connaît depuis l'enfance, s'accentue subitement en 1975. Aussi, sur les conseils de son employeur, Adèle décide d'entreprendre une thérapie avec le psychanalyste Oscar Bernstein. Adèle se rend deux fois par semaine chez son analyste et parvient finalement, après sept ans de travail, à trouver un compromis avec son symptôme. Préceptrice attentive, patiente et discrète, fidèle également, elle reçoit la Médaille d'Honneur des Gouvernantes au Congrès International des Gouvernantes de Stockholm en 1985. En 1988, elle hésite à accepter une dernière proposition ; elle a alors cinquante huit ans. Mais quand elle aperçoit Simon, poupon gracieux et dodu, elle ne résiste pas. Elle entre donc au service du réalisateur Hector Pewsler qui lui confie l’éducation de son fils. Adèle se plaît chez Hector Pewsler et quand Simon quitte le domicile de son père, Adèle accepte la proposition qu'il lui fait de rester à son service.

1.  "Volkow m'a appris le sens du verbe aimer à l'imparfait. Et Adèle celui du verbe baiser à la perfection. »
Apoline Nextway, Je vous dirai tout, Paris, Éditions Robert Laffont,1980, p. 127.

 

 

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Par winckler
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Dimanche 26 juin 2005

Rosy et Zyra sont inséparables depuis l'enfance. De l'une ou de l'autre, personne n'a jamais eu de souvenir solitaire. Indissociables, et presque semblables, elles occupent, comme depuis toujours, un trois pièces dans la roulotte. Farceuses, bavardes et maladroites, parfois mesquines et souvent hermétiques, Rosy et Zyra évoquent Heckel et Jeckel ou encore Humpty et Dumpty.

Par winckler
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