Jeudi 19 mai 2005

L’autre

Il sont là-bas ?

 

L’Aboyeuse.

Oui.

 

L’autre

Là-bas, où est-ce ?.

 

L’Aboyeuse.

Je n’en sais rien.

 

Le chœur

Menteuse, l’Aboyeuse !

 

Le narrateur

Elle a une carte.

 

Le chœur

Montrez lui le plan !

 

L’Aboyeuse.

Regardez.

 

Le chœur

L'Aboyeuse, il scrutait car il était perdu –
Un tel maintien, tant d'aisance et de charme !
Mais son air triste et las, il avait aperçu ;
Sur son visage s'échappaient quelques larmes.

 

Le plan dessiné pour enfin s’y retrouver
N'indiquait  ni le trajet, ni chemin.
Sans cesse rejetée, la roulotte avait vogué.

Sans vrai départ : tout projet était vain.

Complexité des cartes, tant de noms... Et de lieux !
Mais la roulotte semblait être arrêtée.
Là, quelque part, ici, en un endroit curieux,
Les forces locales la retenait figée.

 « De Mercator, nul besoin de pôles, d'équateurs,
De tropiques, zones, de couloirs ou de clefs »,
S'écria l'Aboyeuse à l’autre visiteur.
 « Un seul passage… et vous l'avez trouvé
. »

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Mercredi 18 mai 2005

Une semaine plus tôt

 

Alice regarde sa montre. Faut déjà que j'y aille ! La jeune femme ferme son cahier et pose son stylo. Elle se lève, quitte son bureau, prend sa veste et son sac et passe la porte de son appartement. Direction chez Etienne. C'est à quelques pas, deux ou trois rues à traverser. Dans cinq minutes elle pousse la porte de l'immeuble.
Elle a passé le porche et traverse le hall. Elle monte les escaliers, frappe à la porte. Etienne ouvre. Alice entre. Elle ne se déshabille pas. Elle va s'asseoir sur le fauteuil qui est à côté du bureau d'Etienne. Il faut que je te raconte quelque chose. Oui, répond Etienne. C’est il y a six mois. En juillet. Le jour avant que je te rencontre, la première fois que je t'ai vu. J'étais de retour à Paris pour quelques jours seulement. Je flânais boulevard Saint-Germain. Je suis entrée dans une librairie pour choisir deux ou trois livres à emporter en vacances. Je regardais au hasard. J'en ouvrais certains, je lisais quelques lignes et je les refermais. Je suis tombé sur ce nom, Charles Volschok, en feuilletant l'autobiographie de Man ray. Je ne me suis pas attardée. J'ai continué à chercher, à feuilleter d'autres livres. Finalement j'ai acheté un récit de Flaubert et des nouvelles de Kobo Abe. J'allais sortir quand je me suis rappelé qu'il n'y avait plus de jeu de cartes à Granville. C'était une idée de cadeau aussi. Je n'en voulais pas un commun alors j'ai demandé au libraire s'il n'en vendait pas des originaux. Il m'en a montré plusieurs. L'un d'eux, un Jeu de Marseille, était constitué de cartes dessinées par des artistes. J'ai ouvert la boîte pour regarder les cartes. La première était une carte dessinée par Volkow. Voilà. Ca a été très étrange. Je ne sais pas. C’est comme si ça avait dérapé. Une irruption. Quelque chose comme ça. C’est difficile à dire.

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Mardi 17 mai 2005
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Mardi 17 mai 2005

 L'autre

J'ai ramassé ça dans la chambre d'hôtel.

L'Aboyeuse

Montrez-nous.

Le narrateur

On dirait une page manuscrite.

 

Le chœur

      Une page du cahier d'Alice.
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Lundi 16 mai 2005

L'Aboyeuse

Alors vous y êtes allé…

 

L'autre

Où ?

 

L'Aboyeuse

Là-bas.

 

L'autre

J'ai rencontré Alice.

 

Le narrateur

Ah… Alice…

 

L'Aboyeuse

Alice ?

 

Le narrateur

A-t-elle parlé d'Etienne ?

 

L'autre

Elle a mentionné son nom.

 

Le narrateur

Alice a rencontré Etienne il y a cinq ou six mois au bar-tabac de la rue Gay Lussac, à l'angle de la rue Saint-Jacques. Elle l'a vu en premier. Brun, un peu voûté. Son profil se reflétait sur les miroirs du Café. Elle a croisé son regard et elle a baissé les yeux. Il s'est retourné et il lui a souri. Elle a acheté ses cigarettes. Elle est sortie. Elle ne l'a pas revu pendant longtemps. Il l'avait presque oublié. Jusqu'à il y a trois semaines. Même endroit. Il était devant elle. Il l'a attendu à la sortie. Faire quelques pas ensemble. Il l'a raccompagné. Il parlait peu. Il lui a proposé de se retrouver au Café, le lendemain vers 18h30. Elle a accepté. Le soir, elle est montée chez lui. Elle y monte maintenant presque tous les jours. Parfois elle se déshabille tout de suite, parfois non. Ca dépend de lui, de comment il la regarde. Parfois c'est lui qui la déshabille. Ca dépend. Il est toujours calme et il parle peu.

 

Le narrateur s'arrête.

 

L'autre

Continuez !

 

Le chœur

Le moulin à paroles a broyé tous ses mots.

 

Le narrateur

Presque tous.

 

L'autre

Au fait, que faisons-nous là ?

 

L'Aboyeuse

Demandez au chœur, il a réponse à tout !

 

Le chœur

Nous attendons !

 

L'autre

Quoi ?

 

Le chœur

Qu'on en sache un peu plus.

 

L'autre

Qui "On" ?

Qui en saura un peu plus ?

Le choeur

      Ne nous agitons pas. Attendons.
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Dimanche 15 mai 2005

Hôtel Saint-Thomas d'Aquin

Paris

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Dimanche 15 mai 2005

Une chambre d'hôtel

 

Alice a décidé d'aller inspecter la chambre qu'Etienne occupe au Saint-Thomas d'Aquin ; l'hôtel est à deux pas. Elle passe par l'entrée de service. Vestiaire. Alice ressort trois minutes plus tard, habillée en femme de chambres, des serviettes de bains dans les bras. Vous êtes nouvelle ? Je ne vous ai jamais vu, demande l'homme qu’elle croise au détour d’un couloir. Oui, répond Alice en continuant d’avancer. En fait je remplace Emilie. Emilie ? Oui, une petite brune. Et la voilà déjà dans l’ascenseur de service. Elle en sort quelques étages plus haut. D’un tour d’épingle à cheveux elle ouvre la chambre d'Etienne. Il fait sombre. Elle entre, ferme la porte, et se dirige vers le lit qu’elle entraperçoit dans la pénombre.


- Qui est là ?
Alice sursaute.
- Etienne ?

- Non.

- Qui êtes-vous ?
- L'autre.
- L'autre ?
- Oui.

- Que faites-vous là ?

- Je ne sais pas…

- Vous ne savez pas ce que vous faites dans cette chambre !?

- Je suis arrivé là par hasard.

- Comme ça… En passant !?

 

La porte de la chambre d'Etienne claque.

 

Encore une porte qui claque, pense Alice. Il y a toujours une porte qui claque. [Il faut toujours que ça (se) passe par la porte.] On y frappe ou elle claque ; on la referme parfois. Peu importe la porte. Une porte comme toutes les portes. Une porte quelconque. Une porte. Une porte vient de claquer. Mais c’était juste un courant d’air.

 

- Vous n'êtes pas femme de chambre… N'est-ce pas ?

- Non.

- Qui êtes-vous ?

- Alice.

- Que cherchez-vous ?

- Je n'ai rien à vous dire !

 

Alice quitte précipitemment la chambre. L'autre inspecte le lieu. Il observe chaque recoin et trouve, posée sur la table de nuit, une feuille pliée en quatre. L’autre glisse la feuille dans sa poche et retourne dans la roulotte.
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Samedi 14 mai 2005
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Samedi 14 mai 2005

Moteurs. Pistons. Tiges.
Soupapes. Vilebrequins. Bielles.
Turbines. Roues. Ailettes…

 

 

L'autre observe.

Il examine. Il cherche. Il fouille.
Derrière, au fond, une petite porte.

Il entre.

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