Lautre
Il sont là-bas ?
LAboyeuse.
Oui.
Lautre
Là-bas, où est-ce ?.
LAboyeuse.
Je nen sais rien.
Le chur
Menteuse, lAboyeuse !
Le narrateur
Elle a une carte.
Le chur
Montrez lui le plan !
LAboyeuse.
Regardez.
Le chur
L'Aboyeuse, il scrutait car il était perdu
Un tel maintien, tant d'aisance et de charme !
Mais son air triste et las, il avait aperçu ;
Sur son visage s'échappaient quelques larmes.
Le plan dessiné pour enfin sy retrouver
N'indiquait ni le trajet, ni chemin.
Sans cesse rejetée, la roulotte avait vogué.
Sans vrai départ : tout projet était vain.
Complexité des cartes, tant de noms... Et de lieux !
Mais la roulotte semblait être arrêtée.
Là, quelque part, ici, en un endroit curieux,
Les forces locales la retenait figée.
« De Mercator, nul besoin de pôles, d'équateurs,
De tropiques, zones, de couloirs ou de clefs »,
S'écria l'Aboyeuse à lautre visiteur.
« Un seul passage
et vous l'avez trouvé. »
Par winckler
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Une semaine plus tôt
Alice regarde sa montre. Faut déjà que j'y aille ! La jeune femme ferme son cahier et pose son stylo. Elle se lève, quitte son bureau, prend sa veste et son sac et passe la porte de son appartement. Direction chez Etienne. C'est à quelques pas, deux ou trois rues à traverser. Dans cinq minutes elle pousse la porte de l'immeuble.
Elle a passé le porche et traverse le hall. Elle monte les escaliers, frappe à la porte. Etienne ouvre. Alice entre. Elle ne se déshabille pas. Elle va s'asseoir sur le fauteuil qui est à côté du bureau d'Etienne. Il faut que je te raconte quelque chose. Oui, répond Etienne. Cest il y a six mois. En juillet. Le jour avant que je te rencontre, la première fois que je t'ai vu. J'étais de retour à Paris pour quelques jours seulement. Je flânais boulevard Saint-Germain. Je suis entrée dans une librairie pour choisir deux ou trois livres à emporter en vacances. Je regardais au hasard. J'en ouvrais certains, je lisais quelques lignes et je les refermais. Je suis tombé sur ce nom, Charles Volschok, en feuilletant l'autobiographie de Man ray. Je ne me suis pas attardée. J'ai continué à chercher, à feuilleter d'autres livres. Finalement j'ai acheté un récit de Flaubert et des nouvelles de Kobo Abe. J'allais sortir quand je me suis rappelé qu'il n'y avait plus de jeu de cartes à Granville. C'était une idée de cadeau aussi. Je n'en voulais pas un commun alors j'ai demandé au libraire s'il n'en vendait pas des originaux. Il m'en a montré plusieurs. L'un d'eux, un Jeu de Marseille, était constitué de cartes dessinées par des artistes. J'ai ouvert la boîte pour regarder les cartes. La première était une carte dessinée par Volkow. Voilà. Ca a été très étrange. Je ne sais pas. Cest comme si ça avait dérapé. Une irruption. Quelque chose comme ça. Cest difficile à dire.
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L'autre
J'ai ramassé ça dans la chambre d'hôtel.
L'Aboyeuse
Montrez-nous.
Le narrateur
On dirait une page manuscrite.
Le chur
Une page du cahier d'Alice.
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L'Aboyeuse
Alors vous y êtes allé
L'autre
Où ?
L'Aboyeuse
Là-bas.
L'autre
J'ai rencontré Alice.
Le narrateur
Ah
Alice
L'Aboyeuse
Alice ?
Le narrateur
A-t-elle parlé d'Etienne ?
L'autre
Elle a mentionné son nom.
Le narrateur
Alice a rencontré Etienne il y a cinq ou six mois au bar-tabac de la rue Gay Lussac, à l'angle de la rue Saint-Jacques. Elle l'a vu en premier. Brun, un peu voûté. Son profil se reflétait sur les miroirs du Café. Elle a croisé son regard et elle a baissé les yeux. Il s'est retourné et il lui a souri. Elle a acheté ses cigarettes. Elle est sortie. Elle ne l'a pas revu pendant longtemps. Il l'avait presque oublié. Jusqu'à il y a trois semaines. Même endroit. Il était devant elle. Il l'a attendu à la sortie. Faire quelques pas ensemble. Il l'a raccompagné. Il parlait peu. Il lui a proposé de se retrouver au Café, le lendemain vers 18h30. Elle a accepté. Le soir, elle est montée chez lui. Elle y monte maintenant presque tous les jours. Parfois elle se déshabille tout de suite, parfois non. Ca dépend de lui, de comment il la regarde. Parfois c'est lui qui la déshabille. Ca dépend. Il est toujours calme et il parle peu.
Le narrateur s'arrête.
L'autre
Continuez !
Le chur
Le moulin à paroles a broyé tous ses mots.
Le narrateur
Presque tous.
L'autre
Au fait, que faisons-nous là ?
L'Aboyeuse
Demandez au chur, il a réponse à tout !
Le chur
Nous attendons !
L'autre
Quoi ?
Le chur
Qu'on en sache un peu plus.
L'autre
Qui "On" ?
Qui en saura un peu plus ?
Le choeur
Ne nous agitons pas. Attendons.
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Hôtel Saint-Thomas d'Aquin
Paris
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Une chambre d'hôtel
Alice a décidé d'aller inspecter la chambre qu'Etienne occupe au Saint-Thomas d'Aquin ; l'hôtel est à deux pas. Elle passe par l'entrée de service. Vestiaire. Alice ressort trois minutes plus tard, habillée en femme de chambres, des serviettes de bains dans les bras. Vous êtes nouvelle ? Je ne vous ai jamais vu, demande l'homme quelle croise au détour dun couloir. Oui, répond Alice en continuant davancer. En fait je remplace Emilie. Emilie ? Oui, une petite brune. Et la voilà déjà dans lascenseur de service. Elle en sort quelques étages plus haut. Dun tour dépingle à cheveux elle ouvre la chambre d'Etienne. Il fait sombre. Elle entre, ferme la porte, et se dirige vers le lit quelle entraperçoit dans la pénombre.
- Qui est là ?
Alice sursaute.
- Etienne ?
- Non.
- Qui êtes-vous ?
- L'autre.
- L'autre ?
- Oui.
- Que faites-vous là ?
- Je ne sais pas
- Vous ne savez pas ce que vous faites dans cette chambre !?
- Je suis arrivé là par hasard.
- Comme ça
En passant !?
La porte de la chambre d'Etienne claque.
Encore une porte qui claque, pense Alice. Il y a toujours une porte qui claque. [Il faut toujours que ça (se) passe par la porte.] On y frappe ou elle claque ; on la referme parfois. Peu importe la porte. Une porte comme toutes les portes. Une porte quelconque. Une porte. Une porte vient de claquer. Mais cétait juste un courant dair.
- Vous n'êtes pas femme de chambre
N'est-ce pas ?
- Non.
- Qui êtes-vous ?
- Alice.
- Que cherchez-vous ?
- Je n'ai rien à vous dire !
Alice quitte précipitemment la chambre. L'autre inspecte le lieu. Il observe chaque recoin et trouve, posée sur la table de nuit, une feuille pliée en quatre. Lautre glisse la feuille dans sa poche et retourne dans la roulotte.
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Moteurs. Pistons. Tiges.
Soupapes. Vilebrequins. Bielles.
Turbines. Roues. Ailettes
L'autre observe.
Il examine. Il cherche. Il fouille.
Derrière, au fond, une petite porte.
Il entre.
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