Le narrateur
Quoi ?
L'autre
J'vois pas...
Le chur
Une voie !
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h o r s [ - d e ]Le narrateur
Quoi ?
L'autre
J'vois pas...
Le chur
Une voie !
Lautre
Il est pas clair Movie Maker...
Le narrateur
Où alors il se fout de nous
.
Le chur
Il ne serait pas en train d'essayer de vous dire quelque chose ?
Assis sur la banquette inconfortable d'un wagon de métro, Pewsler a une idée. Il sort le carnet de croquis qu'il garde toujours dans sa poche pour y esquisser des fragments de story board. Pewsler commence à dessiner. D'abord une route, un chemin. Ensuite, Il dessine ce qui pourrait être des solives. De petites solives posées les unes à côté des autres. Leurs profils sont adroitement esquissés dun trait léger et les contours ombrés avec délicatesse. Elles sont comme posées là, bien alignées en rang de solives. Après, Il trace au dessus comme des rails. Et puis, en un endroit, au bout, il y a une sorte de porte.
Vlan !!!
Le narrateur
Et d'une autre
L'autre
Où en sommes-nous ?
Le narrateur
Pewsler est dans le métro, Alice se promène rue de Rennes, l'aboyeuse est à l'hôtel Cervantès à Séville et, il y a une semaine, Etienne arrivait à l'hôtel Saint-Thomas d'Aquin.
L'autre
Et Adèle ?
Le choeur
Elle tue des mouches !
Durant l'automne 1930, lentreprenant et courageux Otto Schmidt, originaire de Prusse orientale, sinstalle au Puy-en-Velay pour y développer un négoce de graines et, pourquoi pas, un comptoir dexportation de lentilles vertes. Un soir, quelques jours après son arrivée, il bouscule, au hasard dune ruelle de la vieille ville, une jeune et belle brune à la voix chaude, Elena. Elena et sa mère, récemment veuve, ont rejoint, voilà trois mois, des parents installés dans la région. Entre Otto et Elena, cest immédiatement le coup de foudre. Leur union est prononcée six mois plus tard, et le 15 août 1931 naît Adèle. Lenfance d'Adèle est sans histoire. La petite fille est studieuse, enjouée et vive, profondément généreuse et altruiste aussi. Ainsi gagne-t-elle la sympathie et lamitié tant de ses camarades de classe que des soeurs de linstitution religieuse où elle suit sa scolarité. Héritant de son père la blondeur et la distinction germanique, et de sa mère un tempérament de feu, Adèle ne tarde pas à provoquer le désir. Elle devient, malgré elle, lobjet de fantasmes secrets et pervers, que nourrit son improbable accent germano-ibérique. Cest avec la jeune religieuse qui dirige létude, sur Marie-Josèphe, de trois ans son aînée, que Adèle connaît, à lâge de quinze ans, ses premiers émois. Si Adèle découvre alors les plaisirs spontanés et naïfs du corps, elle intuitionne aussi clairement lattraction quelle exerce sur les femmes. Mais, et même si elle préfère la délicatesse et la ferveur des êtres de son sexe, Adèle apprécie les assauts virils. En 1947, comprenant que la jeune fille nest pas faite pour une existence provinciale, labbé Paul de R. qui, dès sa nomination dans une paroisse avoisinante lannée précédente, a bénéficié des attentions d'Adèle, recommande sa protégée à son arrière grande cousine, la très parisienne Princesse de P. Cest la princesse elle-même qui introduit directement Adèle auprès de Gabrielle Chanel. Mademoiselle est séduite : Adèle est engagée comme modèle. Elle connaît rapidement une carrière éblouissante qui lamène à fréquenter le tout Paris ; le monde ladopte aussi facilement quelle lui offre ses faveurs. Lors dune soirée elle rencontre l'étonnante Apoline Nextway ; les deux femmes deviennent très vite d'intimes amies (1). Avec Apoline, Adèle partage son lit et lambition ; et les hommes aussi. Mais un événement tragique vient, irrémédiablement, briser lascension de la jeune femme. Cest lors dune présentation de modèles qu'Adèle se prend lescarpin dans un long foulard de crêpe de soie ivoire, et dégringole les célèbres escaliers de la rue Cambon. Le diagnostique est terrible et sans appel : fracture de la cheville droite ; Adèle boitera toute sa vie. Malgré les soins que Gabrielle Chanel lui prodigue, Adèle, abattue, senfonce dans une dépression insondable. Mais son existence rebondit alors qu'elle passe un été en compagnie de Gabrielle dans la propriété d'une amie de celle-ci. Adèle découvre la joie et lintérêt dêtre auprès des enfants. Pendant ce séjour elle apprécie s'occuper de deux bambins : elle aime les accompagner en promenade, leur lire d'inextricables aventures, et parvient même à leur enseigner les rudiments des langues allemande et espagnole. Elle vit un été magnifique, c'est une révélation et Adèle décide de poursuivre dans cette voie. Et c'est grâce à une lettre de recommandation de l'amie de Gabrielle, qu'elle occupe son premier poste de gouvernante trois mois plus tard. La phobie des mouches, qu'elle a connaît depuis l'enfance, s'accentue subitement en 1975. Aussi, sur les conseils de son employeur, Adèle décide d'entreprendre une thérapie avec le psychanalyste Oscar Bernstein. Adèle se rend deux fois par semaine chez son analyste et parvient finalement, après sept ans de travail, à trouver un compromis avec son symptôme. Préceptrice attentive, patiente et discrète, fidèle également, elle reçoit la Médaille d'Honneur des Gouvernantes au Congrès International des Gouvernantes de Stockholm en 1985. En 1988, elle hésite à accepter une dernière proposition ; elle a alors cinquante huit ans. Mais quand elle aperçoit Simon, poupon gracieux et dodu, elle ne résiste pas. Elle entre donc au service du réalisateur Hector Pewsler qui lui confie léducation de son fils. Adèle se plaît chez Hector Pewsler et quand Simon quitte le domicile de son père, Adèle accepte la proposition qu'il lui fait de rester à son service.
1. "Volkow m'a appris le sens du verbe aimer à l'imparfait. Et Adèle celui du verbe baiser à la perfection. »
Apoline Nextway, Je vous dirai tout, Paris, Éditions Robert Laffont,1980, p. 127.

Etienne quitte rapidement son appartement. Il ne supporte pas les changements de programme, les plans imprévus. Mais ce qu'il vient de lire l'oblige à agir autrement. En descendant les escaliers il échange un sourire avec la concierge occupée à cirer les marches. Il franchit le porche, sort de l'immeuble et s'approche du taxi. Hôtel Saint-Thomas d'Aquin, rue du Pré aux Clercs, dans le 7e. C'était pas une course pour la gare du nord ? demande le conducteur du taxi. J'ai changé d'avis, répond Etienne. Devant le bar-tabac de la rue Gay Lussac, Etienne demande au taxi de s'arrêter. Attendez-moi deux minutes. Après avoir acheté un paquet de cigarettes il retourne dans le taxi. C'est bon, vous pouvez repartir. Il regarde à travers la vitre. Il apprécie se retrouver ainsi à observer. Le monde lui semble un peu étrange.
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